L'art témoigne – Comment transformer un héritage symbolique pour plus d’humanité ?
- Viviane Cangeloni
- 5 déc. 2025
- 2 min de lecture

J'ai découvert dernièrement au Théâtre National de Bruxelles, le spectacle Mohamed et Israël. Ces deux prénoms ont été donnés par les pères respectifs des deux acteurs. L’un est musulman, l’autre fils de parents appartenant aux Témoins de Jéhovah. Ces deux prénoms transportent en héritage symbolique une éducation qui se voulait juste, éthique, aimante. Mais, victime de certitudes culturelles au nom du bien, elle a fait en réalité beaucoup de mal. Ce qui m’a le plus touchée, c’est l’apparition par vidéos de deux visages, l’un de face, l’autre presque détourné. Deux visages de pères en vis-à-vis de leurs enfants sur scène. Pères d’un autre temps, d’une autre génération. Visages de regard et de parole. Pour dire leur point de vue. Où l’amour transpirait en même temps qu’une immense impossible compréhension des valeurs à venir de leur fils qui ne correspondaient pas à celles de la jeunesse de ces pères qui avaient pour ces fils un autre rêve. Tandis que les fils avaient un autre rêve de père. Et c’est une grande souffrance respective.
Le sujet aurait pu être traité sur le mode de la violence et du règlement de compte et ajouter ainsi au conflit et à l’exclusion. C’est tout le contraire que nous a offert ce spectacle. Par offert, je veux dire transmis depuis le cœur, tel un cadeau rare et précieux. Nous avons pu vivre de l’intérieur un parcours subtil de courage et d’authenticité révélant les non-dits et les silences familiaux. Aboutissant par la compréhension à un possible amour de l’autre au-delà de la différence. Un amour en fraternité, en humanité.
D’autant que mis côte à côte, en tant que nom du spectacle, ces deux prénoms font clash. Ils évoquent immédiatement un sujet brûlant d’actualité. Reliant l’histoire personnelle au plan collectif. Ce qui ajoute à l’impact et profondeur du propos. Et impose un merci.
Quand l’art témoigne ainsi, même une simple goutte de couleur peut colorer une grande quantité d’eau. Surtout, quand les artistes concernés ont dû s’affranchir des attentes familiales mais aussi publiques concernant l’expression artistique.
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