top of page
Rechercher

L’art témoigne de l’importance du contexte au risque du contenu

  • Viviane Cangeloni
  • il y a 16 heures
  • 2 min de lecture

 

On m’a transmis dernièrement une information que j’aimerais vous partager, car elle m’a interpellée. Le fait se situe dans une station de métro, à l’heure de pointe, à Washington. Un homme habillé d’un jean délavé, pull et casquette, joue une œuvre classique au violon. Des usagers s’arrêtent un court moment. Pressés pour la plupart, ils se dirigent vers les portes du métro arrivant. Quelques enfants captivés insistent pour rester, mais une main parentale les entraîne aussitôt. Sept personnes écoutent jusqu’à la fin des quarante-cinq minutes de la prestation. Applaudissements rares. Et trente-deux dollars de pourboires. Il se fait que cet homme s’appelle Joshua Bell, un des violonistes les plus renommés au monde, qu’il a joué dans cette station des partitions de Bach que peu de musiciens réussissent à maîtriser, le tout sur un violon Stradivarius évalué à 3,5 millions de dollars. Deux jours plus tôt, Bell jouait devant une salle comble à Boston, avec des places vendues à plus de 100 $. 


Cela se passait en 2007. Bell a joué incognito à la station l’Enfant Plaza pour une expérience sociologique du Washington Post sur le contexte et la perception de l’art. L’expérience visait à tester si la beauté est reconnue hors de son contexte habituel (une salle de concert coûteuse). La conclusion a été que la plupart des gens ignorent le génie artistique lorsqu’ils ne s’y attendent pas.


Et aujourd’hui comment écoutons-nous, regardons-nous l’art ?

Certes, un lieu bruyant de passage tel une station métro où l’on court pour un rendez-vous, ses enfants, son travail et mille autres choses, n’est pas propice au recueillement nécessaire pour recevoir pleinement la beauté. Mais, il est important aussi d’accorder de la priorité au temps de l’émerveillement et d’en faire une urgence quand il se présente. De ne pas s’aliéner au quotidien ni aux codes en habits de prestige. Quand nous voyons un bijou, regardons-nous l’écrin et la marque avant d’apprécier la création ? Avant de regarder un tableau, lisons-nous d’abord la signature ?

Le rôle de l’art est peut-être de nous confronter à nos préjugés pour dépasser nos cécités, nos surdités culturelles, sociales, humaines et autres. Et retrouver un regard d’enfant dans notre vie adulte. Une vie nourrie de références authentiques et frottée au questionnement.


Photographier participe à cette quête.

 

Sources : The Washington Post (2007), « Pearls Before Breakfast » by Gene Weingarten / France Musique (2020), « L’incroyable histoire de Joshua Bell, violoniste virtuose dans le métro » /Le Figaro (2014), « Joshua Bell, le Stradivarius et le métro ».



 
 
 

Commentaires


© 2025 - Viviane Cangeloni

  • Instagram
  • Facebook
  • LinkedIn
bottom of page