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  • Viviane Cangeloni
  • il y a 2 jours

Rentrée de Berlin, je vous partage quelques moments qui m’ont touchée durant ce séjour.

Cela a commencé avec les archives du «mur de la honte» divisant un même peuple, de sa construction en 1961 à sa destruction en 1989. Parcourant les documents, je me suis demandé comment est-il possible qu’après «ce plus jamais ça!» les murs continuent à nous séparer. Mur de haine, de peur. Murs politiques, économiques, religieux, culturels. De béton, de barbelés. Murs d’opinions, de normes qui nous enferment bien plus qu’ils nous construisent. J’ai transporté mon désir de pont en me dirigeant vers un autre musée, libre de cette histoire. Je cherchais en vain une salle précise, une visiteuse m’est venue en aide. Elle est iranienne. Mon désir de pont s’intensifia avec cette femme confiant sa tragédie. Elle en Allemagne, sa famille de l’autre côté d’un mur de bombes. Et l’angoisse de la torture, la mort, la disparition, sans au revoir.


Le lendemain, me voilà à la Fotografiska où je découvre Mémoria, travail bouleversant de James Nachtwey, photographe et journaliste de guerre. Un travail sobre, intime, au plus près de ce qui persiste en humanité au pire de l’atrocité que les humains peuvent s’infliger. Quand l’empathie du regard préserve la compassion et révèle ce qui nous unit par-delà les frontières et les différences.

 

 



 
 
 

 

On m’a transmis dernièrement une information que j’aimerais vous partager, car elle m’a interpellée. Le fait se situe dans une station de métro, à l’heure de pointe, à Washington. Un homme habillé d’un jean délavé, pull et casquette, joue une œuvre classique au violon. Des usagers s’arrêtent un court moment. Pressés pour la plupart, ils se dirigent vers les portes du métro arrivant. Quelques enfants captivés insistent pour rester, mais une main parentale les entraîne aussitôt. Sept personnes écoutent jusqu’à la fin des quarante-cinq minutes de la prestation. Applaudissements rares. Et trente-deux dollars de pourboires. Il se fait que cet homme s’appelle Joshua Bell, un des violonistes les plus renommés au monde, qu’il a joué dans cette station des partitions de Bach que peu de musiciens réussissent à maîtriser, le tout sur un violon Stradivarius évalué à 3,5 millions de dollars. Deux jours plus tôt, Bell jouait devant une salle comble à Boston, avec des places vendues à plus de 100 $. 


Cela se passait en 2007. Bell a joué incognito à la station l’Enfant Plaza pour une expérience sociologique du Washington Post sur le contexte et la perception de l’art. L’expérience visait à tester si la beauté est reconnue hors de son contexte habituel (une salle de concert coûteuse). La conclusion a été que la plupart des gens ignorent le génie artistique lorsqu’ils ne s’y attendent pas.


Et aujourd’hui comment écoutons-nous, regardons-nous l’art ?

Certes, un lieu bruyant de passage tel une station métro où l’on court pour un rendez-vous, ses enfants, son travail et mille autres choses, n’est pas propice au recueillement nécessaire pour recevoir pleinement la beauté. Mais, il est important aussi d’accorder de la priorité au temps de l’émerveillement et d’en faire une urgence quand il se présente. De ne pas s’aliéner au quotidien ni aux codes en habits de prestige. Quand nous voyons un bijou, regardons-nous l’écrin et la marque avant d’apprécier la création ? Avant de regarder un tableau, lisons-nous d’abord la signature ?

Le rôle de l’art est peut-être de nous confronter à nos préjugés pour dépasser nos cécités, nos surdités culturelles, sociales, humaines et autres. Et retrouver un regard d’enfant dans notre vie adulte. Une vie nourrie de références authentiques et frottée au questionnement.


Photographier participe à cette quête.

 

Sources : The Washington Post (2007), « Pearls Before Breakfast » by Gene Weingarten / France Musique (2020), « L’incroyable histoire de Joshua Bell, violoniste virtuose dans le métro » /Le Figaro (2014), « Joshua Bell, le Stradivarius et le métro ».



 
 
 

 

En novembre dernier, je vous ai parlé en avant-première de Fêlures, un projet soutenu par la photographe Maëva Benaiche, fondatrice du magazine Premier exemplaire. Il vient de paraître avec le travail de dix photographes à découvrir sous format papier. Cette initiative est associée à celui de La petite photo, galerie intimiste située à Toulouse et qui proposera ses coups de cœur fin mars 2026. Je suis très heureuse que la photo publiée ici fasse partie du choix de la galeriste. Heureuse aussi qu’il existe des lieux et des personnes ainsi engagées dans la défense de l’expression artistique.

 

Ma pratique de thérapeute avant de me consacrer plus particulièrement à la photographie m’a mise en contact avec la vulnérabilité. Ce qui m’a le plus émue durant les consultations, c’est précisément l’aveu. Pour la première fois. Une fois encore. Dans le dénuement, la confiance. La façon dont une fêlure est assumée, transformée. Avec courage et conscience, afin que notre essence reste malgré tout, intacte, résistante, magnifiée.

 

Dans la vie, dans les arts, longtemps les images de nous ont été lissées pour nous montrer sous le meilleur jour. On s’apprêtait pour que nos faiblesses n’apparaissent pas au regard de l’autre. Et que nous soyons parfaits. Impeccables. Performants. Aujourd’hui, on ose dépasser la honte, la peur, la protection d’un masque. On risque l’aveu. Peut surgir alors la surprise d’une vraie rencontre. Car, si cette traversée est individuelle et unique pour celui, celle qui la vit, elle parle aussi de blessures communes où l’autre se reconnaît. Et, au-delà de similitudes éventuelles, connecte son empathie, son humanité. Ainsi s’élabore un maillage de liens salvateurs dans une société menacée par ailleurs de déshumanisation.

 

Pour en savoir plus, découvrez :



 
 
 

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